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Lettre à mes enfants

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Vous ai-je dit à quel point je vous aime et que je suis privilégié de vous avoir dans ma vie? Vous ai-je déjà dit que vous êtes ma raison d’être et que votre présence dans ma vie me donne le courage et la force de continuer à me battre dans mes « tempêtes »?

Vous savez, ces moments où papa est « différent ». Comme si le soleil s’était couché derrière ses yeux. Comme ce personnage de bande dessinée à la mine triste inlassablement pourchassé par un petit nuage gris au-dessus de sa tête? Ces périodes où le papa souriant, enjoué, blagueur fait place à un être sans vigueur, sans couleur, transparent? Un papa présent de corps, mais absent d’esprit. Comme une épave sans vie qui dérive?

Toi mon plus vieux, mon garçon, tu sais de quoi je parle. Tu en as été témoin de ces si nombreuses tempêtes. Combien de fois ai-je refusé de t’emmener au parc pour y jouer, se lancer à la balle, frapper des ballons parce que j’y étais tout simplement incapable. Paralysé par la peur ou complètement vidé de toute énergie. Je me rappelle de la déception dans tes yeux. Du sentiment de honte qui me transperçait le cœur en voyant ta petite mine si triste.

Je me souviens, à l’époque, avoir tenté d’expliquer ce qui affligeait ton papa en utilisant comme exemple tes héros de jeux vidéo favoris. Que parfois, à force de se faire attaquer par des ennemis ou à défaut de se reposer, le héros se devait de battre en retraite, se replier pour permettre à sa gauge d’énergie de se régénérer. Ça te faisait toujours sourire de savoir que ton papa avait les mêmes caractéristiques que tes superhéros adorés!

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Tu deviens un homme. Tu n’es qu’à une tête de me dépasser. Tu comprends des choses qui t’étaient inconnues ou abstraites il y a de cela quelques années seulement. Tu sais maintenant que ton père vit avec une maladie mentale et tu en connais la portée. Tu sais et comprends aussi que papa prend des médicaments pour limiter le plus possible l’effet et la durée des tempêtes. Déjà tu démontres de la maturité, de l’empathie et une belle ouverture d’esprit pour un jeune garçon de ton âge. Je suis fier de toi mon fils.

Et toi ma petite fille, ma belle princesse. Les choses sont quelque peu différentes. Tu n’es pas en mesure pour l’instant de lire cette lettre et de comprendre toute sa teneur. Tu n’es pas en âge encore de comprendre et de saisir ce que vit ton papa. Mais le jour viendra où tu comprendras. Pour l’instant, laisse-moi te rappeler l’histoire des chevaliers.

Tu te souviens de cette fois où suite à une chute tu t’étais blessé au genou. La blessure saignait et tu avais si peur que ça ne guérisse jamais. Tu te souviens que papa t’avait expliqué que les filles et les garçons avaient des chevaliers dans leur corps qui s’occupaient de combattre les microbes et de guérir les bobos?

C’est la même chose pour ton papa. Durant la tempête, à défaut d’avoir une blessure qui saigne et d’être des chevaliers, ce sont des petits soldats qui défendent ton papa entre ses deux oreilles et font réapparaître le soleil après les combats. Car, comme le dit si bien le dicton : après la pluie le beau temps. Ce n’est pas un souhait, mais une promesse, ma petite princesse.

Merci d’être dans ma vie, mes deux amours. Vous qui me donnez le courage de surmonter mes peurs. La force de poursuivre le combat. La résilience de ne jamais abandonner.

Merci d’être présents dans mes moments d’absence. D’aider papa, avec vos sourires, vos câlins, vos bisous, à lâcher prise. Merci de me rappeler quotidiennement que la vie est belle et mérite d’être vécue.

Merci d’être mon phare dans la tempête. De me guider à bon port et de m’attendre à bras ouverts lorsque la tempête s’est finalement dissipée.

Votre papa qui vous aime

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À propos de l'auteur

Martin Binette

Fondateur et Éditeur en chef chez Entre les Deux Oreilles. Martin Binette vit avec la maladie mentale depuis la jeune vingtaine. Grâce aux bons soins de son médecin-psychiatre et du support de sa famille, il a la chance de vivre aujourd’hui, une vie saine et équilibrée tant au niveau personnel, social que professionnel.

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