mort

Partir sans avoir pu dire adieu

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“Elle est décédée (sa grand-mère qu’elle adorait) en parlant de la canicule qu’annonçait MétéoMédia pour la Saint-Jean-Baptiste cette année là. Elle est partie en déclarant que le paquet de 12 rouleaux de papier de toilette était en spécial chez Jean Coutu. Elle a fermé les yeux en regardant Denis Lévesque dans sa chambre d’hôpital. De sa mort elle n’a jamais rien dit. Et moi non plus.” Geneviève Pettersen*

Ces lignes nous laissent un petit pincement au cœur. Il est tellement triste de ne pas pouvoir dire adieu à quelqu’un que l’on aime.

Pourtant toutes les deux devaient bien savoir qu’une grand-maman malade pourrait mourir bientôt. Alors pourquoi n’ont-elles pas pu se parler d’un sujet aussi important? Dire les mots qui comptent, ceux dont on se souvient et qui mettent un baume sur la peine lorsque la personne est partie?

Pourquoi ce silence alors que le moment est si grave et si précieux?

Car ce n’est pas ainsi que l’on se quitte habituellement. Nous ne pourrions taire à nos proches que l’on prépare un long voyage de plusieurs mois par exemple. Comment ne pas leur annoncer que nous allons partir, qu’ils ne nous verront plus, que l’on ne pourra plus les aider, ni vivre avec eux les moments importants comme nous l’avons toujours fait ? Comment se sentiraient-ils de ne pas avoir pu nous appeler pour nous dire qu’ils vont s’ennuyer, nous dire qu’ils nous aiment et vont penser à nous?

Pourquoi se prépare-t-on différemment pour cette longue séparation qu’est la mort ?

C’est pourtant une chance de savoir et de pouvoir se préparer. Demandez à ceux qui ont eu la tristesse de vivre le décès subit d’un être cher, ils vous diront que le plus difficile est de ne pas avoir eu le temps de lui parler. Ne pas avoir pu lui dire combien il était aimé, avoir pu lui demander pardon ou tout simplement avoir eu la chance de revivre avec lui tous ces moments heureux que l’on voudrait éternels. 

Plusieurs parmi les proches, avouent qu’ils ne veulent pas en parler pour ne pas lui enlever son espoir, pour ne pas qu’il commence à y penser.

Mais peut-il ne pas y penser? Comme infirmière, lorsque j’abordais ce sujet avec le malade, je voyais bien qu’il était habité par cette pensée depuis le tout début de sa maladie et, très souvent, il n’arrivait pas à en parler parce qu’il savait la peine qu’il allait faire à ses proches. Le mutisme du malade est souvent en réaction à un très fort sentiment de culpabilité face à la souffrance qu’il impose à ceux qu’il aime et à son impuissance à les soulager. Alors, comme cette grand-maman, le malade garde le silence et prépare sa valise en cachette.

Pour les proches, avoir la force de dire que l’on ne veut plus parler de la pluie et du beau temps mais bien de ce qui est réellement important se révélera souvent très libérateur. Il pourra connaître les besoins et les attentes du malade et tous  pourront se libérer un peu de l’angoisse profonde liée à l’inconnu de la mort annoncée.

Parler de la mort ne la fera pas arriver plus tôt et ne pas en parler ne l’empêchera pas d’arriver. Alors il faut oser ouvrir ces grands échanges ou autant le malade que les proches peuvent exprimer leur peine, leurs craintes mais aussi revenir sur les moments heureux et malheureux vécus ensemble, se permettant ainsi de faire la paix avec eux-mêmes.

La mort restera toujours un événement imprévisible, établir une communication franche tôt dans le processus de la maladie se révélera souvent un atout précieux dans l’accompagnement d’un proche atteint d’une maladie grave.    

Le premier décembre j’aimerais continuer à explorer avec vous cette question de la communication entre un malade et ses proches/aidants en s’attardant principalement aux pensées et aux émotions vécues dans ces situations de maladie grave. Mieux les comprendre est souvent la porte d’entrée qui permettra ensuite l’ouverture aux véritables échanges et un retour à un peu de paix intérieure.


*Geneviève Pettersen

“Partir sans mot dire” Revue Châtelaine, novembre 2016

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À propos de l'auteur

France Hudon

Mme France Hudon termine une longue carrière en soins infirmiers, particulièrement en soins palliatifs où elle oeuvrait pour des organismes spécialisés en maintien à domicile de personnes en phase terminale de leur maladie. Elle a aussi enseigné l'accompagnement du malade en fin de vie au Cegep Marie-Victorin et le soulagement de la douleur aux professionnels de la santé à l'Université de Montréal. Comme travailleur autonome, elle offre toujours des formations accréditées par l'Université de Montréal aux professionnels de la santé. Parent d'un enfant Fibrose Kystique, elle a aussi été, pendant plus de 10 ans, co-responsable d'un groupe de support pour les proches-aidants de personnes atteintes de cette maladie. Vous pouvez en savoir plus sur la carrière de Mme Hudon, sur les formations actuellement disponibles et sur la façon de la contacter en allant sur son site web

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